Première partie d'un diptyque, ce texte peut quand même se lire seul contrairement au second intitulé « D'Os et de Sang » écrit en 2021.
Dante et La rivière Léthé, Gustave Doré (1870)
À l'ombre du saule pleureur, l'Homme se repose. Il a ôté ses bottes, a posé sa tête contre le tronc, fermé les yeux, et s'est endormi. Mais il a foulé la berge, et réveillé celle qui vivait au fond de la rivière.
La Nymphe laisse dépasser de l'eau son regard intrigué, ses cheveux lourds sur son crâne mais légers à se répandre. Elle reconnaît l'Homme, l'aventurier dont elle a tant entendu parler dans les récits du pays, celui dont la bienveillance et la bonté font la réputation. Pourquoi vient-il à elle ? Sa curiosité est vite rangée : sa rivière est très étendue, leurs chemins devaient bien se mêler un jour.
Le regard disparaît, laissant derrière lui les ondulations de son passage.
Sous la lune, l'Homme se réveille, s’assoit sur la rive, plonge ses pieds dans l'eau fraîche, joue avec sa surface du bout de ses doigts dorés, créant sous les étoiles une joyeuse musique mouillée. À l'appel des notes, la Nymphe apparaît.
Maintenant que les regards se croisent, nul doute que quelque chose se prépare. Le pirate ouvre la bouche :
« Je veux me baigner.
— J'ai dévoré tous les marins qui ont osé tremper leur chair dans le lit de ma rivière.
— Mais moi c'est parce que j'ai soif.
— Et moi j'ai faim. »
L'Homme rit, amusé. La Nymphe rit, tendrement.
« Viens, je te mangerai plus tard.
— Pas si c'est moi qui te mange d'abord. »
Tout habillé, il se glisse. Les vêtements se gorgent, se collent à la peau, alors voyant s'élever la poitrine nue de la naïade qui le fixe, espiègle, il les retire.
La lune est pleine ce soir : les trésors que porte le pirate autour du cou se mettent à scintiller contre la peau argentée de celle qui ne se trouve plus qu'à quelques centimètres. Les yeux ne se sont pas quittés.
« Si je te lâche du regard, je me noie.
— Tu as pied. »
Elle lui tend la main, il la prend, l'attire contre lui. L'eau fraîche bouillonne lorsque leurs deux corps se rejoignent. Ils se fondent l'un dans l'autre, se laissent entraîner par le courant. Elle ne voulait pas voyager et il ne voulait pas jeter l'ancre. L'équilibre est trouvé :
La rivière se glisse dans la mer, et la mer mène à la source.
The Moments Between Words, Relm (XXIe siècle)