La première moitié de l'année 2021 fut comme une bulle qui me coupait du monde extérieur, j'étais anesthésiée après un burn-out et d'autres événements intenses advenus fin 2020. Ce texte en est une démonstration : la narratrice hors de son corps, observe celui d'un autre.
Dream of Freedom, Ivana Živić (2020)
Tu penses te connaître par cœur ?
À force de te regarder dans le miroir,
De t'observer quand tu te déploies,
À essayer des grimaces, des sourires,
À pleurer et à rire.
Tu penses qu'en observant ta peau,
En observant ses changements,
Ce que le temps fait sur ton corps,
Tu peux te connaître par cœur ?
Tes cheveux qui poussent, que tu recoiffes.
Tes ongles que tu coupes.
Ta peau que tu soignes.
Ta barbe que tu apprivoises.
Tes muscles que tu bouges au quotidien
Ou au simple gré de ta respiration
Ne sont rien.
Ils font partie du premier plan,
Celui que tout le monde peut voir.
Regarde derrière.
Observe.
Observe ce qu'on ne prend pas le temps d'observer.
Observe.
Le pli de tes phalanges qui se forme lorsque tu fais se rejoindre ta paume et le bout de tes doigts.
Le sens dans lequel se tournent chacun de tes poils qui se dressent lorsque tu as froid.
Les ondulations qu'ils esquissent quand ils se reposent à nouveau sur ta peau réchauffée.
Les lignes de tes mains, pas les plus creuses, non, celles qui sont toutes petites et qui donnent l'air d'être un crocodile.
Observe.
Tes lèvres, les traits qui se dessinent à la jointure entre la pulpe et la peau, qui semblent indiquer la direction à mes doigts quand tu veux les mordre.
Le mouvement que fait ta gorge, qui fait transparaître le sang pulsant par ton cœur, passant dans tes veines, celui que tu peux aussi sentir si tu plaques tes doigts sur tes poignets.
La forme du cartilage de tes oreilles, les paysages qu'ils imitent, les rivières et les courants dans une forêt sauvage et féerique.
Le chaos de chacun de tes cheveux essayant d'être tout et individu à la fois.
Observe
Les courbes sur tes paupières fermées.
Tu ne peux pas ?
Laisse-moi les regarder pour toi.
Moi j'ai les yeux grands ouverts.
Pour ne pas louper une miette, un instant de ton passage.
Chaque détail de toi importe, passera sous la brosse de mon pinceau.
As-tu jamais compté tes grains de beauté ?
Nous le ferons ensemble, quand le sommeil aura décidé de te libérer
De son étreinte.